lundi 23 mai 2016

Semaine du 22 mai 2016

À l'ombre des géants

Rochers empilées au hasard des millénaires
Matière d'aube du monde
Et de nuit des temps

Certains les escaladent
Fiers de leurs prouesses
D'autres cherchent leurs pouvoirs magiques
Et les enfilent en colliers
Pour célébrer les belles étrangères

Les anciens forts de leur science de l'équilibre
Savaient édifier murets et restanques
Et tracer de leurs gestes les limites des territoires
Où paissaient chèvres et moutons
Et les limites des vignobles aux couleurs de cépages

Dieux immobiles de l'île de Pâques    
Arrachés au roc et devenus gardiens invincibles
De votre éternité
Faut-il vous célébrer?

Faut-il s'attendrir en retrouvant les cailloux
Du Petit Poucet de notre enfance
Alignés sur les routes du possible?

À l'ombre des géants
Des empires des vainqueurs
Des puissants de ce monde
Je glane les cailloux-cœurs striés de quartz
S'entrechoquant pendant les marées


Véronique

© Véronique Poussart 2016

dimanche 15 mai 2016

Semaine du 15 mai 2016

Caillou



Grain de météorite
Juste tombé dans le dessin
Image farfelue
D'un lapis-lazuli
Dans les blocs erratiques
Des versants montagneux

Rien n'est anodin
Ni le moment qui passe
Ni le moment passé

Tout près
Les fougères qui se déroulent
Les bourgeons de marronniers projetés dans l'air humide
Le chant du cardinal  et celui des mésanges affairées
Les bruits délicieux du printemps qui pousse

Tout près l'idée
Que d'autres grains bleus
De pierre et de lumière
Tomberont sur les moments du jour

Véronique


© Véronique Poussart  2016



dimanche 8 mai 2016

Semaine du 8 mai 2016

Histoire de coquelicots

C'était il y a 10 jours
Ou douze ou quinze
Peu importe

C'était un matin ou un midi
Peut-être même un soir
Cela n'y change rien

Un talus un bord de champ
Une crevasse dans le béton
La beauté est partout

Une enfance qui remonte à la gorge
Comme un bonbon au miel
Avec ces coquelicots fragiles
Dans leurs coques entrouvertes
Et leurs pétales en robes de stars
Un peu froissés
Un peu ébouriffés

Inattendus et courbés dans le vent
De ce rouge si particulier
Ni orangé
Ni framboise
Avec des transparences de campagne
Et des reflets de vieilles maisons

Ce n'était pas comme dans Proust
Et sa madeleine
Mais un peu quand même
Images calées entre hier et aujourd'hui

Aujourd'hui avec son temps de perdrix
Mi gris mi pluie
Bien loin les coquelicots

Véronique
© Véronique Poussart 2016


dimanche 1 mai 2016

Semaine du 1er mai 2016

L'atelier



Dans une autre vie
J'ai eu un atelier

Des tablettes des tables
De la faïence
De la porcelaine
Des pigments
Fer cobalt cuivre 
Manganèse 
Couleurs emmagasinées 
Dans les pots de verre 
Transparents
Numérotés identifiés

Musique en sourdine
Pour tourner bols et pichets
Répéter les gestes qui apprennent

Des engobes des glaçures
Des couleurs qui n'en sont pas
Tant que le feu ne les aura pas révélées

J'entends encore les fins tintements
Des vases qui refroidissent
Juste avant les tulipes et les pivoines
Les narcisses et les fougères

Juste avant autre chose


Véronique
© Véronique Poussart 2016

dimanche 24 avril 2016

Semaine du 24 avril 2016

La ville s'allume

Il serait bientôt 18 heures
À ce qu'en disent les horloges des gares

Il faisait presque beau
Pas tout à fait chaud encore
Mais assez pour que l'imper reste plié sur le bras
Et sentir un sourire s'installer dans les yeux

Les voitures en bouchons et klaxons
Se donnaient un air d'aller nulle part
La banlieue l'autoroute le chemin des écoliers

On reconnaissait les signes ténus d'un soir d'été 
Où la pénombre est longue à s'installer
La circulation ressemblait à un jeu de go
Dont personne n'aurait connu les règles

Je cède je traverse la voie je m'arrête
Je défie les passages bien marqués
Contourne les piétons arrivant d'en face

C'est le moment charnière
Où l'on troque une vie pour une autre
Préoccupé des événements du jour

Le temps défile il faut croire
Lorsque les lumières de la ville s'allument
Tant d'histoires de moments à partager
Tant de solitudes derrières les baies vitrées

Fenêtres allumées et rideaux tirés
Soir après soir 
C'est le moment d'accrocher l'imper!


Véronique
© Véronique Poussart 2016

samedi 16 avril 2016

Semaine du 17 avril 2016

Loin

C'est loin
Vraiment loin
Et beau
Vraiment beau
Kamouraska, Normandie
Acadie ou Louisiane

Aussi lisse que le dauphin 
Qui nage à la télé
Et que le dos de la baleine
Sondant vers les profondeurs

Calme posé là
De toute éternité
Le vent s'y glisse
Protecteur et chaud
Longe les rives les caps 
Et les oiseux nicheurs
S'envolent sans effort

Dans la tête de chacun
Des souvenirs 
Des impressions d'espace bleu
On croit qu'ils s'appellent 
Lieux et territoires
On croit qu'ils évoquent
Dates  et circonstances

Mais ils ne sont
Qu'un vent qui se glisse
Et nous parle sans effort


Véronique
© Véronique Poussart 2016

dimanche 10 avril 2016

Semaine du 10 avril 2016

Avril

Le jour émergeait
Entre glaces et eau
Le tumulte

Des bruits fous
Entremêlés des cris des outardes et des oies
Remontant vers le nord
En longs battements tenaces

La rive se rompait
Se déchirait
Les branches de l'hiver 
Charroyées comme des fétus
Par les marées successives
Se déposaient dans les baies
Amas insolite et presque vivant

Des miroitements de matin frais
Des points 
Des mouvements imprévisibles
Comme des ricochets de pierres
Lancées à la diable

Loin vraiment loin
Un bateau remontait le fleuve
Et il fallait entendre
Le martèlement  de ses moteurs
Traverser la lumière d'avril


Véronique

© Véronique Poussart 2016