dimanche 5 avril 2020

Semaine du 5 avril 2020

Seule

Le printemps émerge
Secoue le froid
Et s’ébroue comme un chien
Au sortir de la rivière

Par les fenêtres
Soudain 
Une corneille
Un voilier d’outardes
Un marcheur

Dans la presque immobilité
Des semaines
Le temps s’étire
Anormalement
Pour une fois
Trop de secondes
Trop de minutes

Barbara chantait si bien ce temps déformé
Dis, quand reviendras-tu?

Véronique

www.youtube.com/watch?v=2y_aQ5ZLcR4


© 2020 Véronique Poussart

dimanche 29 mars 2020

Semaine du 29 mars 2020


Endroit Envers


Se voir
Se toucher
Marcher côte à côte
Se donner des rendez-vous
Ciné musée parc
On croyait que ça durerait toujours

La réalité s’est dissipée
Comme soudain l’été un nuage disparaît 
Elle s’est fragmentée
Laissant des morceaux de souvenirs
Des signes ténus
La lumière de fin mars
Un livre entrouvert
Un flacon entamé

La réalité
N’est cachée 
Ni à l’envers
Ni à l’endroit
Comme au théâtre les masques
Le comique le tragique
Ficèlent les histoires

Il reste encore
Les arcs-en-ciel
Accrochés aux fenêtres
Ni à l’endroit
Ni à l’envers
Ni noir ni blanc
La vie

Véronique

© 2020 Véronique Poussart

dimanche 22 mars 2020

Semaine de 22 mars 2020

Le blues de Cooper


Carte d’identité: Cooper
Genre: chien
Race: Golden Doodle
Âge: 2 ans 1|2
Signe particulier: de nature facile

Mon état actuel:
Un tantinet neurasthénique

La raison: mes maîtres

Émotion cachée:
Je ne peux plus vivre ma vie

Émotion réelle:
Ils ne font plus attention à moi

Les faits:
Depuis que je vis avec eux, ils me laissent seul. Une grande partie de la journée. Je dors quand je veux, je mange mes toutous quand je veux. Je m’allonge sur mon coussin bien rembourré, je baille aux corneilles de temps en temps. Bref, je vis À MON RYTHME!

Mais voici, avec ce qui arrive, à voir leurs mines soucieuses quand ils regardent les nouvelles , je vois que la situation est grave. Résultat ????? Ils sont à la maison. C’est tout bon, me direz-vous... MAIS NON!

Ils m’ignorent, les yeux rivés à leurs écrans, réglant leur travail à domicile.
Il n’y a plus d’avant, il n’y a plus d’après.

Avant, au moment de partir, ils me faisaient un câlin, câlin de chien, mais câlin quand même...
Et surtout, ils m’appelaient à leur retour... COOPER, COOPER, Ah! le beau chien... et ça durait et ça durait. J’étais excité, je sautais, je tournais sur place. Et vous comprendrez qu’avec mon pif de chien, je sentais bien leur joie ...

Maintenant, pas de départ, pas de retour, des heures lisses où ils passent près de moi comme si j’étais transparent.

NON.... JE NE SUIS PAS TRANSPARENT!!!!!

Oui, j’ai droit à ma petite tape affectueuse de temps en temps, mais quand je veux aller sur leurs genoux parce que je crois qu’ils me parlent, ils m’écartent d’un geste inconscient. Ils sont dans leurs fichues videoconférences. JE N’Y COMPRENDS RIEN !!!

Je crois que j’ai hâte de les voir repartir car j’ai hâte de les voir revenir. Ils appellent ça le confinement... il ne faudrait pas que ça dure trop, car j’ai le blues d’avant!

Signé: COOPER, leur 🐕!

© 2020  Véronique Poussart 


dimanche 15 mars 2020

Semaine du 15 mars 2020

Crayons


Le plus souvent
Ils sont à l’abri
Boîtes de carton
Boîtes de métal
Pochettes de tissu
Magasins de jouets
Container en transit

Prélude obligé
Aux jeux des petits
Étalés en vrac
Donnant les minutes de paix
Aux parents trop pressés

Des étoiles filantes
Des pachydermes
Cascades émeraudes
Ou poussins fragiles
Tarzan volant de liane en liane
Scaphandriers en bulles
Dans les coraux multicolores

Quelques crayons suffisent
À dessiner le monde
À le réinventer

Et d’ici quelques semaines
Il faut ce qu’il faut...
Les enfants à la maison
Joueront des bleus et des rouges
En mangeant leurs macaronis!

Véronique

© 2020 Véronique Poussart

dimanche 8 mars 2020

Semaine du 8 mars 2020

Totem

Il n’est construit que de vent
Et se tient fier
Au bord des routes de l’imagination

Il a aujourd’hui
Les couleurs d’un gâteau de 7 ans
Et détient le secret des désirs

Il a 20 ans et sur l’esplanade
Se passe de mains en mains
Avant d’être témoin muet
Dans la chambre du vainqueur

C’est un tesson poli par la mer
Un confetti tombé d’une fête
Une boîte de crayons pour les samedis gris

C’est la branche de saule
Devenant un arbre
Un papyrus s’enracinant dans le bassin

C’est ancré
Navire échoué
Par forces marées

Affirmé comme le jour 
Qui s’allonge
Et dessine ses ombres
Il observe au travers des branches
Immobile et patient
Les bruissements du futur


Véronique

© 2020 Véronique Poussart

dimanche 1 mars 2020

Semaine du 1 mars 2020

Un printemps dans les yeux


De mousses cachées
De troncs endormis
De tempêtes soudaines
Voilà je m’appelle mars

De voyages reportés
De billets égarés
De nouvelles imprévues
Voilà je m’appelle mars

J’aurai beau rêver d’avance
Penser aux bulbes plantés
Aux clôtures à repeindre
Aux premiers voiliers d’oies
Rien n’y fera
Car je m’appelle mars

Véronique

© 2020 Véronique Poussart

dimanche 23 février 2020

Semaine du 23 février 2020

Scène

Il existe un nouvel espace entre les mots
Qui n’était pas là
Un lieu entre les quotidiens
Une échappée par la fenêtre
Où la pensée dérive

Aller vers le hasard
Entre les vies et les secrets
Déposés entre les pages

Il existe un espace entre les minutes
Qui n’était pas là
Il part librement
Par la fenêtre
En plein après-midi

Véronique

© 2020 Véronique Poussart

dimanche 16 février 2020

Semaine du 16 février 2020

Un dimanche si calme





Les oiseaux ont retraité au sud
Des mois déjà sans leurs chants
Sans les sauts des merles dans l’herbe

On ne s’appelle pas
On ne se dit pas bonjour
La journée reste à écrire
Les heures en boîte de Pandore
Faites pour l’imprévu
Et les surprises

Ce soir
Seulement
Je saurai 
Un dimanche si calme?

Véronique

© 2020 Véronique Poussart

Semaine du 8 février 2020

Dessin

C’est pour attendre le lundi 
Que je dessine
C’est pour retenir hier 
Que je dessine

Les lieux
À transformer
Les pommes à croquer 

C’est pour des instants de rien
Que je dessine
Et pour les lunes de demain
Que je dessine

Les musiques
Enchantées de minuit
Le livre replié

C’est pour entendre la vie
Que je dessine
C’est pour les désirs
Et l’improbable
Que je dessine 

C’est pour les secondes concentrées
Venues de nulle part
Que je dessine
Et le noir sur le papier
Des nuits blanches


Véronique

© 2020 Véronique Poussart

dimanche 2 février 2020

Semaine du 2 février 2020

Rivières


Avant d’être à sec
Elles auront creusé leur chemin
Aussi hasardeux
Que les nôtres 

Dans la mouvance des eaux vives
Dans les aplats géographiques
Agitées et tourbillonnantes
Pour la fraie saisonnière
Magiques sous les futaies 
Porteuses de bleus étonnants

Avant d’être à sec
Les entendre 
Leurs voix imprévisibles
En attente de mars

Comme nous


Véronique

© 2020 Véronique Poussart



dimanche 26 janvier 2020

Semaine du 26 janvier 2020

À l'envers

Portrait d’été
Avant l’heure
Les gouaches
S’étendent au soleil
Finis les frissons blancs
Sous le grésil
Les fleurs chahutent
Rien de moins


Véronique

© 2020 Véronique Poussart

samedi 18 janvier 2020

Semaine du 19 janvier 2020

Japon

Que du rêve
Que de l’inventé

J’en ignore presque tout
Je n’en connais que si peu
Un kimono jadis
Hier
Était-ce hier

Jardins lanternes
Zones 5
Impossible
Cet érable japonais
Rougi des gels de septembre 

San Francisco
En rochers en râteaux magiques
Réguliers sous leurs dents
Des vêtements à Nîmes 
Brodés de si peu
Brodés de la vie irrégulière 
De ceux qui marchent

Un imaginaire 
Cadeaux emballés
Papiers imprimés
Gestes pliés

Musée de Tokyo
Je te salue
Tu me salues
Dans le décor
Des cerisiers éternels
Je vois tes couleurs
Je vois tes tatamis de paille

Je vois tes buffets
Les portes de l’imperfection 
À nulles autres pareilles
Dans la pierre 
Les mousses

Je vois tes couleurs
Dans les tons de l’hiver
Et j’espère
Oui j’espère
Te voir un jour

Véronique

© 2020 Véronique Poussart


dimanche 12 janvier 2020

Semaine du 12 janvier 2020

Érosions minuscules


Nos vies changent
C’est comme si la mer
En roulant
Ses vagues sans fin
Faisait le trajet
Des vieux lendemains

Il y avait
Il n’y a plus
Les déjeuners à deux
Les feuilles se dépliant
Dans les étés lumineux
Et les iris dans le bleu écarlate

Autrement
Ça s’épèle autrement
C’est rangé dans les écrans
Par dates et par années

Nos vies changent
C’est fragile le mouvement

C’est comme si la mer
En roulant
Ses vagues sans fin
Créait des érosions minuscules
Laissant des fines traces
Des coquillages épars
Des bois dépolis
Et les plumes échevelées
Des oiseaux envolés

Véronique

© Véronique poussart 2020

dimanche 5 janvier 2020

Semaine du 5 janvier 2020

Schubert

J’écoute Bach
Pour que chaque seconde
Respire de son rythme

J’écoute Mozart
Soir et matin 
Les jours de janvier
S’allongent de quelques minutes

Les souvenirs reviennent
De mon père au piano
Et c’est à cause de lui
Que j’écoute Schubert 

Véronique

© Véronique Poussart 2020