dimanche 1 mai 2016

Semaine du 1er mai 2016

L'atelier



Dans une autre vie
J'ai eu un atelier

Des tablettes des tables
De la faïence
De la porcelaine
Des pigments
Fer cobalt cuivre 
Manganèse 
Couleurs emmagasinées 
Dans les pots de verre 
Transparents
Numérotés identifiés

Musique en sourdine
Pour tourner bols et pichets
Répéter les gestes qui apprennent

Des engobes des glaçures
Des couleurs qui n'en sont pas
Tant que le feu ne les aura pas révélées

J'entends encore les fins tintements
Des vases qui refroidissent
Juste avant les tulipes et les pivoines
Les narcisses et les fougères

Juste avant autre chose


Véronique
© Véronique Poussart 2016

dimanche 24 avril 2016

Semaine du 24 avril 2016

La ville s'allume

Il serait bientôt 18 heures
À ce qu'en disent les horloges des gares

Il faisait presque beau
Pas tout à fait chaud encore
Mais assez pour que l'imper reste plié sur le bras
Et sentir un sourire s'installer dans les yeux

Les voitures en bouchons et klaxons
Se donnaient un air d'aller nulle part
La banlieue l'autoroute le chemin des écoliers

On reconnaissait les signes ténus d'un soir d'été 
Où la pénombre est longue à s'installer
La circulation ressemblait à un jeu de go
Dont personne n'aurait connu les règles

Je cède je traverse la voie je m'arrête
Je défie les passages bien marqués
Contourne les piétons arrivant d'en face

C'est le moment charnière
Où l'on troque une vie pour une autre
Préoccupé des événements du jour

Le temps défile il faut croire
Lorsque les lumières de la ville s'allument
Tant d'histoires de moments à partager
Tant de solitudes derrières les baies vitrées

Fenêtres allumées et rideaux tirés
Soir après soir 
C'est le moment d'accrocher l'imper!


Véronique
© Véronique Poussart 2016

samedi 16 avril 2016

Semaine du 17 avril 2016

Loin

C'est loin
Vraiment loin
Et beau
Vraiment beau
Kamouraska, Normandie
Acadie ou Louisiane

Aussi lisse que le dauphin 
Qui nage à la télé
Et que le dos de la baleine
Sondant vers les profondeurs

Calme posé là
De toute éternité
Le vent s'y glisse
Protecteur et chaud
Longe les rives les caps 
Et les oiseux nicheurs
S'envolent sans effort

Dans la tête de chacun
Des souvenirs 
Des impressions d'espace bleu
On croit qu'ils s'appellent 
Lieux et territoires
On croit qu'ils évoquent
Dates  et circonstances

Mais ils ne sont
Qu'un vent qui se glisse
Et nous parle sans effort


Véronique
© Véronique Poussart 2016

dimanche 10 avril 2016

Semaine du 10 avril 2016

Avril

Le jour émergeait
Entre glaces et eau
Le tumulte

Des bruits fous
Entremêlés des cris des outardes et des oies
Remontant vers le nord
En longs battements tenaces

La rive se rompait
Se déchirait
Les branches de l'hiver 
Charroyées comme des fétus
Par les marées successives
Se déposaient dans les baies
Amas insolite et presque vivant

Des miroitements de matin frais
Des points 
Des mouvements imprévisibles
Comme des ricochets de pierres
Lancées à la diable

Loin vraiment loin
Un bateau remontait le fleuve
Et il fallait entendre
Le martèlement  de ses moteurs
Traverser la lumière d'avril


Véronique

© Véronique Poussart 2016

dimanche 3 avril 2016

Semaine du 3 avril 2016

N'y voir que du feu

C'est un pays andalou
De nostalgie et d'ardeur
Tous les soleils du monde s'y réunissent

Flamenco disent-ils
En pas cadencés et hanches cambrées
Dans la chaleur du soir
Tard bien tard dans la nuit
Lorsque les feux s'éteignent
Que les femmes ont cessé de danser 
Que leurs robes ont cessé de tournoyer 
Le pays ferme ses volets
Se refait une nuit mauve 

Les arènes sont désertées
Les ollé envolés comme colombes
Les souvenirs aux couleurs de brasero
S'endorment avec les conquérants

C'est un pays de ténacité
De lumière sèche 
Les pins y sont parme le soir 
Et rouge à midi
La colline au loin embrasse ses toreros
Et rend hommage à Picasso


Véronique

© Véronique Poussart 2016

dimanche 27 mars 2016

Semaine du 27 mars 2016

Là où le jour se lève

Chaque jour
Une nouvelle trame se tisse
Faite de riens 
Mais quand même

Caché dans les grisés
De matins incertains
Brillant des intuitions passagères
Qui bousculent les habitudes

Il se lève
Disposé à nous laisser vivre
Et rire ou chantonner
Il se lève indifférent aussi
Quoi que l'on dise 
Quoi que l'on fasse

L'Est de l'un devient le chemin de l'autre
La direction n'est pas toujours parallèle
Sauter dans le temps présent
Ici maintenant comme disent les sages

C'est alors que le jour se lève
Repousse l'ombre immense et couchée des arbres
Parlant le langage des corneilles
En même temps le vent d'hiver dérive plus au nord
Et les neiges se tricotent en dentelles

Tout ça pour nous
Quand le jour se lève


Véronique




© Véronique Poussart 2016

dimanche 20 mars 2016

Semaine du 20 mars 2016

Tchang

Je l'ai rencontré dans « Le lotus bleu »
Revu dans le Chinatown de Montréal
Imaginé à Xiamen, Dalian ou Chongqing
Unique parmi plus d'un milliard
Portant son bleu de travail
Pointant à l'usine
Loin des terres familiales

À quoi pense-t-il
Sinon aux jours qui se ressemblent
Qui est-il
Sinon un parmi la foule

Pourquoi répéter les mêmes gestes
Inlassablement 
Tous les jours semblables
Faire le même trajet du point A au point B

C'est qu'il n'ose pas rêver, Tchang
À quoi bon
Changer de vie
C'est partir sur la lune

Pourtant
Dans son bleu de travail
Un carnet de croquis
Un crayon bien aiguisé
Pour dessiner l'imaginaire d'un pays
Les arbres et les cimes nuageuses 
Les soleils tamisés et les lunes de septembre

Pourtant
Dans son bleu de travail
Un article sur les jacinthes d'eau
Sur les bassins immenses 
Où murmurent les légendes
Sur les papyrus fleurissant
Aux chants des grenouilles
Dans le vert des matins humides

Tchang
Hier fêtait ses vingt ans
Unique parmi plus d'un milliard


Véronique


© Véronique Poussart 2016